Recherches physiologiques sur la vie et la mort








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FICHE – LE VIVANT – LA RAISON ET LE REEL


Définition :

Vivant : Le vivant est une notion difficile à déterminer. Au sens large, le vivant désigne tout ce qui possède les caractères de la vie, par opposition à ce qui est mort ou inanimé. L’ordre vivant est plus large que l’ordre humain « culturel ».

Vie : Ensemble des phénomènes (nutrition, croissance, reproduction, naissance et mort) qui caractérisent les organismes.

  • Xavier BICHAT, Recherches physiologiques sur la vie et la mort, 1802 : « La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. »

  • KANT, Doctrine du droit, 1797 : « La faculté d’agir selon ses représentations s’appelle la vie ».


Problèmes et références :

  1. Comment définir ce qui est vivant ? Est-il possible de déterminer un critère permettant de distinguer ce qui est vivant de ce qui ne l’est pas ? Le problème réside dans l’extrême diversité du vivant : quel est le point commun entre une bactérie et un être humain ?

    1. Problème de la frontière vivant / inerte : un virus est-il vivant ? Quels sont les critères de la mort ?

    2. Définition de la matière biologique : « Est réputée matière biologique […] toute matière contenant une information génétique qui est autoreproductible ou reproductible dans un système biologique (Conseil de l’Union Européenne, 1994).

    3. L’animisme : la vie est dans l’âme : La vie est le principe qui distingue le monde vivant du monde inerte : « Ce qui distingue l’animé de l’inanimé, c’est la vie » nous dit ARISTOTE, dans De l’âme, II, 2. Cette vie est identifiée à l’âme par: « Parmi les corps naturels, les uns ont la vie, les autres ne l’ont pas ; la vie telle que je l’entends consiste à se nourrir soi-même, à croître et à dépérir » (idem, II, 1).

      1. La vie dont parle ici ARISTOTE correspond à une vie végétative, commune aux plantes, animaux et humains.

      2. Or, l’âme comporte trois degrés : l’âme sensitive (plantes), l’âme motrice (animaux) et l’âme réflexive (propre à l’homme).

      3. Pour ARISTOTE, tout corps vivant est composé d’une forme et d’une matière. L’âme est alors « l’entéléchie première d’un corps naturel possédant la vie en puissance » (II, 1). L’entéléchie est la forme qui actualise la matière. De même qu’une hache n’existe que par sa forme de hache, un être vivant n’existe que par son âme (qui est sa forme). Par exemple, l’œil est fait pour voir (sinon, il perd sa qualité d’œil) : la vue est la forme, ou l’âme, de l’œil.

Repère – FORMEL / MATERIEL : Le terme « formel » vient du latin forma, conformation, et qualifie la figure d’un objet, ses contours, ce qui me permet de le reconnaître, et donc la structure de quelque chose. « Matériel » désigne le matériau, les éléments constituants, ou par extension le contenu (cf. une « entrée en matière », une « table des matières »).

      1. Le morceau de cire, DESCARTES, à la fin de la 2nde méditation métaphysique : la cire change de forme mais non de matière.

      2. KANT distingue la matière de la connaissance (le donné sensible) et sa forme (les concepts a priori de l’entendement).

      3. La vérité matérielle désigne la vérité-correspondance (la correspondance ou adéquation d’un énoncé avec la réalité) et la vérité formelle la vérité-cohérence (ou validité, c’est-à-dire le caractère non contradictoire d’un ensemble d’énoncés, sans considération pour la réalité ; une démonstration peut donc être cohérente, valide, mais fausse matériellement, si ses prémisses sont fausses).

      4. En esthétique, on distinguera le fond (le sujet, le thème) et la forme (le style). FLAUBERT affirme la supériorité de la forme sur le fond : il veut écrire « un livre sur rien », sans sujet, « qui se tiendrait de lui-même par la force de son style ». « Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ».

Repère – EN ACTE / EN PUISSANCE : L’expression « en acte » vient du grec energeia, et « en puissance » du grec dunamis. Ce qui est « en acte » est ce qui est en train de se réaliser effectivement, par opposition à ce qui est en puissance (du latin posse, être capable de), c’est-à-dire susceptible de se produire, potentiel.

    1. Le mécanisme (le vivant est comparable à une machine) : Refusant la physique aristotélicienne, qu’il juge irrationnelle en raison de ces notions d’âme, de force animée, DESCARTES va comprendre le vivant comme une machine. Dans ses Principes de la philosophie, il affirme : « Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l'agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvements se peuvent voir, au lieu que les tuyaux ou ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour être aperçus de nos sens. »

      1. Les vivants sont des machines dont les mécanismes sont invisibles. DESCARTES dira dans le Discours de la méthode que le corps vivant est « comme une machine, qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée, et a en soi des mouvements plus admirables, qu’aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes ».

      2. Le modèle des horloges : Au début du Traité de l’homme, il écrit : « Je suppose que le corps n’est autre chose qu’une statue ou machine de terre », composée de « toutes les pièces qui sont requises pour qu’elle marche, qu’elle mange, qu’elle respire ». Les fonctions d’un corps vivant sont en tout point comparable au mécanisme d’une horloge.

      3. Thèse des « animaux-machines » : les animaux ne diffèrent en rien d’une horloge. Ils n’ont pas d’esprit. DESCARTES, Lettre au Marquis de Newcastle, 1646 : « Lorsque les hirondelles viennent au printemps, elles agissent en cela comme des horloges ».

      4. Les automates de Vaucanson : au XVIIIe siècle, Vaucanson va fabriquer des automates (comme le « canard digérateur ») imitant des animaux vivants.

    2. L’homme machine : LA METTRIE dans L’homme machine (1748) radicalise le mécanisme cartésien et réduit l’homme à une machine sans esprit.

    3. Le vitalisme, critique du mécanisme : Il existe un principe vital immatériel.

      1. Le vitalisme matérialiste de DIDEROT : Pour DIDEROT, il n’y a pas un principe spirituel séparé de la matière. La matière est capable de sensibilité. Le marbre et la chair humaine ne diffèrent que par la complexité d’organisation.

      2. Le vitalisme : C’est l’âme, principe indéterminé, irréductible à la matière qui est à l’origine de cette capacité du vivant de résister à la mort. Cf. BICHAT, BARTHEZ…

    4. L’organisation : ». Ce que les êtres vivants ont de commun et de spécifique, c’est d’être des organismes, c’est-à-dire des systèmes existant par soi, et dont toutes les parties, appelées organes, sont interdépendantes et ont des fonctions qui concourent à la conservation du tout : « tout est fin et réciproquement moyen » (KANT). Ces fonctions sont : la nutrition, l’assimilation, la reproduction, l’autorégulation et autoréparation. « Organe » vient du mot grec « outil ». Un organisme est irréductible à une machine, qui ne peut se réparer elle-même : « Or tout cela nous pouvons en revanche l'attendre de la nature organisée. - Ainsi un être organisé n'est pas simplement machine, car la machine possède uniquement une force motrice ; mais l'être organisé possède en soi une force formatrice qu'il communique aux matériaux, qui ne la possèdent pas (il les organise) : il s'agit ainsi d'une force formatrice qui se propage et qui ne peut pas être expliquée par la seule faculté de mouvoir (le mécanisme). » KANT, Critique de la faculté de juger, § 65 (1790).

    5. Les échanges : l’être vivant est caractérisé par des échanges permanents entre un environnement (milieu extérieur) et un « milieu intérieur » (Claude Bernard).

    6. Le modèle cybernétique : La cybernétique est la science qui étudie la transmission de l’information dans les automates (notamment les « feed-back », par exemple, la régulation d’un thermostat) ou « la science du contrôle et de la communication dans l’animal et dans la machine » (Norbert WIENER). Le vivant se définit justement par sa capacité à maintenir la stabilité de son milieu intérieur.

    7. La téléonomie : L’être vivant peut être défini par la notion de projet : dans Le hasard et la nécessité, J. MONOD définit le vivant par trois caractéristiques fondamentales :

      1. La morphogenèse autonome : Le vivant croît, se meut, se répare de façon autonome.

      2. L’invariance reproductive : Le patrimoine génétique se transmet intégralement lors de la reproduction.

      3. La téléonomie : C’est la propriété qui fait des êtres vivants des « objets doués d’un projet », c’est-à-dire qu’ils obéissent à une finalité interne : ils sont programmés génétiquement pour se conserver et se reproduire.

    8. Vivre, c’est définir des normes : Le vivant n’est pas indifférent à ses conditions de vie et va les poser comme des normes. C’est pourquoi G. CANGUILHEM, dans Le normal et le pathologique, affirme que le vivant est toujours affirmation d’un « normal biologique ». Il y a « un effort spontané, propre à la vie, pour lutter contre ce qui fait obstacle à son maintien et à son développement pris pour normes ». C’est pourquoi la vie est « polarité et par là même position inconsciente de valeur, bref, la vie est une activité normative ». Ainsi, « vivre c’est, même chez une amibe, préférer et exclure ».

      1. Il n’y a pas de normal et de pathologique en soi, mais seulement par rapport à des normes fixées par le vivant. Le pathologique n’est qu’une autre norme.

    9. L’humain, un vivant différent des autres ? Le grec distingue zoé, la vie biologique, de bios, la vie humaine. L’homme, être raisonnable, a toujours été considéré comme un vivant à part, le but final de la création. L’homme aurait ainsi le droit de soumettre les autres vivants. J. MONOD, dans Le hasard et la nécessité, conteste cette idée : l’existence humaine est le fruit du hasard : l’évolution des gènes est due au plus parfait hasard, mais la réplication en des milliers d’exemplaires de ce hasard créée la nécessité. Or, l’humanité refuse cette contingence.

  1. Peut-on connaître scientifiquement le vivant ?

    1. La biologie : terme qui n’apparaît qu’au début du 19ème siècle, créé par Lamarck. C’est la science des êtres vivants.

    2. Problème de la diversité du vivant : La classification du vivant est la première tentative pour le connaître (ARISTOTE). Existe-t-il une unité dans le vivant ?

    3. Le finalisme : Le vivant a d’abord été expliqué à partir de sa finalité.

      1. Les 4 causes : La cause est ce qui répond à la question « pourquoi ? ». ARISTOTE distingue 4 causes (dans toute production artificielle mais aussi naturelle). Il donne l’exemple de la production d’une statue qui s’appuie sur :

        1. Une cause matérielle (le marbre)

        2. Une cause efficiente (l’agent, le sculpteur)

        3. Une cause formelle (la forme donnée à la statue, qui la distinguera d’une autre)

        4. Une cause finale (le but). Les 3 causes précédentes se subordonnent à la cause finale.

      2. La finalité : Ainsi le vivant a d’abord été expliqué par les causes finales, notamment par ARISTOTE dans Les Parties des animaux, I. L’organe signifie étymologiquement « instrument ». Or un instrument est toujours un moyen pour atteindre une fin. Un organe fait donc appel à la finalité. La finalité renvoie à Dieu, qui a organisé le cosmos de façon harmonieuse.

      3. Téléologie : explication des phénomènes naturels par la considération des fins (divines ou humaines). Par exemple, l’existence des plantes peut être expliquée par le fait qu’elles servent de nourriture aux animaux.

Repère – CAUSE / FIN : la fin désigne la cause finale, alors que la cause désigne la cause efficiente.

    1. Identifier les organismes à des machines. DESCARTES refuse l’explication par les causes finales, qu’il juge irrationnelles ces forces occultes ou autres « chimères incompréhensibles ». Seules les causes efficientes sont scientifiques. Le mécanisme postule que tout corps peut être expliqué par « grandeur, mouvement et figure ». Le corps est réductible à de la matière, elle-même définie comme étendue. Il est donc soumis, comme tous les autres corps, au déterminisme des lois physiques. Le premier principe de l’univers est d’ailleurs le principe de l’inertie (inerte = sans vie).

      1. Exemple du fonctionnement du cœur, Discours de la méthode, 5ème partie : le mouvement provient de la chaleur du sang, car dans la physique mécaniste un mouvement ne peut venir que de la transmission d’un autre mouvement. DESCARTES refuse l’explication des battements cardiaques par la « contraction » laquelle suppose une « force pulsatile du cœur » (comme le soutient HARVEY), ce que DESCARTES juge irrationnel.

        1. Le chirurgien HARVEY a eu raison contre DESCARTES : le savoir résultant de l’observation et de la pratique chirurgicale est plus vrai qu’une construction philosophique qui privilégie la cohérence.

      2. Le problème du « membre fantôme » : DESCARTES analyse cet effet en comparant la transmission des sensations aux vibrations sur une corde tendue. Si la dernière partie de cette corde est sectionnée, les vibrations continuent d’être transmises à l’autre bout de la corde (figurant le cerveau). Il veut donc expliquer ce phénomène de façon purement mécanique.

      3. La mort ne s’explique que parce qu’une partie de la machine est abîmée. L’organisme vivant est comparable à une montre. Une montre ne s’arrête que lorsque le principe de son mouvement, le ressort, est cassé.

      4. la vie ne s’explique que par le mouvement des « esprits-animaux » ou « parties les plus subtiles du sang », produits par le sang, faisant mouvoir les muscles et les nerfs.

      5. (« La maladie d’un être vivant est-elle comparable à la panne d’une machine ? »)Mais l’homme est un vivant à part : pour le soigner, il faut guérir ses passions. L’homme est uni à une âme raisonnable. Cette union s’éprouve, mais ne se prouve pas.

      6. Mais le modèle de la machine ne réintroduit-il pas subrepticement la notion de finalité ? En effet, DESCARTES compare le corps à une machine fabriquée par Dieu. Or, une machine suppose une finalité, un projet (une machine est faite dans un certain but).

    2. Le vitalisme : Il existe un « principe vital » inexplicable par les lois physiques (BARTHEZ, BICHAT).

    3. Une « impression de finalité » : KANT tente de concilier vitalisme et mécanisme. Pour KANT, la nature est soumise au déterminisme des lois de la nature. La science ne recourt pas à la notion de causes finales. Il semble pourtant y avoir une finalité objective à l’œuvre dans la nature, finalité analogue mais non identique à celle de l’art. Les être organisés semblent être le résultat d’un projet (divin), et posséder une finalité interne (la reproduction, l’autoréparation par exemple). Ce sont des fins naturelles, c’est-à-dire une chose qui est « cause et effet d’elle-même ». Mais cette finalité ne sert pas d’explication : elle a seulement un usage régulateur pour notre entendement : elle l’oriente sans le déterminer : elle est une simple « impression » subjective, mais qui donne du sens à nos représentationss. §§ 63-65, Critique de la faculté de juger.

    4. La vie, une notion non scientifique : Connaît-on la vie ou connaît-on le vivant ? « mot magique » pour BACHELARD, qui constituera longtemps un obstacle épistémologique dans la connaissance de la nature (exemple de la fécondité des mines, alors que nous savons aujourd’hui que les mines s’épuisent). Claude BERNARD sépare clairement la question « Qu’est-ce que la vie ? » de la question « Comment fonctionnent les êtres vivants ? ». La question « qu’est-ce que la vie ? » appartient à la métaphysique, insoluble en termes scientifiques mais néanmoins incontournable : l’esprit a besoin de se la poser. La seconde question sera résolue grâce à la méthode expérimentale.

    5. La biologie comme science expérimentale : Claude BERNARD, l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, 1865, vise à appliquer la méthode des sciences physiques en biologie. Les phénomènes vitaux vont être analysés en termes physico-chimiques : « Les mécanismes vitaux, en tant que mécanismes, ne diffèrent pas des mécanismes non vitaux », Les conditions de la conscience. Le corps vivant dispose d’un « milieu intérieur » qu’il s’agit d’expliquer comme la physique étudie le milieu extérieur. Mais le vivant est plus complexe. Exemple : il y a une analogie entre la respiration (biologie) et la combustion (chimie).

      1. La méthode expérimentale : La nouveauté dans cette méthode, c’est que le scientifique ne se contente pas d’observer passivement : il « devient un inventeur de phénomènes, un véritable contremaître de la création ». BERNARD insiste sur le rôle de la théorie pour guider les observations et élaborer le processus expérimental. Il y a formulation d’une « idée préconçue », une hypothèse interprétative.

      2. La vie n’est pas une notion sientifique : Claude BERNARD, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, 1865 : « Toutes les propriétés de la matière vivante sont, au fond, ou des propriétés connues et déterminées, et alors nous les appelons propriétés physico-chimiques, ou des propriétés connues et indéterminées, et alors nous les nommons propriétés vitales ».

« La méthode qui consiste à définir et à tout déduire d'une définition peut convenir aux sciences de l'esprit, mais elle est contraire à l'esprit même des sciences expérimentales.

C'est pourquoi il n'y a pas à définir la vie en physiologie. Lorsqu'on parle de vie, on se comprend à ce sujet sans difficulté, et c'est assez pour justifier l'emploi du terme d'une manière exempte d'équivoques.

    Il suffit que l'on s'entende sur le mot vie, pour l'employer ; mais il faut surtout que nous sachions qu'il est illusoire et chimérique, contraire à l'esprit même de la science d'en chercher une définition absolue. Nous devons nous préoccuper seulement d'en fixer les caractères en les rangeant dans leur ordre naturel de subordination.    Il importe aujourd'hui de nettement dégager la physiologie générale des illusions qui l'ont pendant longtemps agitée. Elle est une science expérimentale et n'a pas à donner des définitions a priori. »

Claude BERNARD, Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux, 1878, rééd. Vrin, Paris, 1966, pp. 24-25.

    1. Mathématiques et biologie : En 1865, G. MENDEL formule les lois statistiques de l’hérédité. Les mathématiques sont ainsi appliquées à la biologie.

    2. La téléonomie : J. MONOD réintroduit la notion de finalité en biologie en caractérisant le vivant par la téléonomie, ou existence d’un projet. Mais contrairement à une machine qui réalise un projet qui lui est extérieur, le vivant ne tient son projet que de lui-même. Cependant, la science doit expliquer le vivant à l’aide des lois physiques, sans recourir aux causes finales.

    3. Le vivant a-t-il une histoire ? L’homme peut-il connaître l’origine de la vie ?

      1. Le fixisme : Pour DESCARTES, l’immutabilité des lois de la nature, fondée sur la perfection divine, exclut toute action du temps sur l’ordre naturel.

      2. Problème de la classification des espèces (taxinomie) : continuité ? BUFFON, transformisme restreint. Cataclysmes à l’origine de la disparition d’espèces.

      3. Le transformisme selon LAMARCK : continuité des espèces. LAMARCK, Philosophie zoologique, 1809. Le milieu agit sur les êtres vivants, et les modifications sont transmises (« hérédité des caractères acquis »).

      4. L’évolution des espèces selon DARWIN : Dans l’Origine des espèces, 1859, DARWIN montre que les êtres vivants sont tous engagés dans une « lutte pour la vie », à la fois contre les agressions du milieu et des autres êtres vivants. Une espèce connaît des variations au fur et à mesure des générations. Ne vont survivre et se reproduire que les individus possédant une variation l’avantageant sur les autres. C’est la sélection naturelle : « J’ai donné le nom de sélection naturelle ou de persistance du plus apte à cette conservation des différences et des variations individuelles favorables à cette élimination des variations nuisibles ».

      5. L’embryologie : « La seule génération des corps vivants et organisés est l’abîme de l’esprit humain » (ROUSSEAU). La question de la formation de l’embryon a suscité beaucoup de débats :

        1. La préexistence : l’embryon était présent (emboîté) dans les germes de ses ancêtres. Dieu aurait créé tous les germes lors de la création du monde et Adam aurait possédé, dans sa semence, tous ses descendants. Cette théorie permet d’expliquer pourquoi les hommes ont pu pécher en Adam, puisqu’ils étaient contenus « dans ses reins », mais Dieu devient responsable des « monstres », des individus mal formés.

        2. La théorie de la préformation suppose que les germes sont à chaque fois produit, et qu’ils sont des adultes réduits, qui grandissent.

        3. Epigenèse : la formation progressive de l’embryon à partir des lois du mouvement, de façon mécanique. Les monstres : erreur dans les mouvements naturels, qui ne peut être attribué à une volonté divine. Mais il devient difficile d’expliquer l’apparition de nouvelles formes dans l’embryon.

        4. Ce débat épigenèse / préformation, préexistence se repose avec la théorie génétique : tout est-il déjà « préformé » dans le code génétique ?

        5. Découverte que la vie ne vient pas de la matière mais d’œufs (17ème, les vers ne naissent pas d’aliments en décomposition, mais d’œufs déposés par les mouches). PASTEUR a plus tard prouvé que la génération spontanée n’existait pas.

  1. Faut-il respecter le vivant ? Le progrès technique est-il une menace pour la vie ?

    1. Quelques problèmes : Quel statut donner aux embryons ? Peut-on faire de la recherche sur les personnes en état de mort cérébrale ? Peut-on breveter le vivant, c’est-à-dire le réduire à une marchandise ?

    2. Peut-on manipuler le vivant ? DESCARTES, dans la 6ème partie du Discours de la méthode, voit dans la science le moyen de devenir, grâce aux applications techniques, « comme maître et possesseur de la nature ». La nature semble ainsi pouvoir être instrumentalisée à volonté. Claude BERNARD observe de même : « on ne saurait […] assigner de limites à la puissance qu’il peut acquérir sur la nature ». Il soutient notamment la vivisection sur les animaux (pas les hommes), si elle permet des découvertes utiles à l’homme. Le scientifique occupé de ses recherches « n’entend plus les cris des animaux ».

    3. Lois de Nuremberg : interdiction des expérimentations sur les humains sans leur consentement.

    4. Le respect des personnes humaines : KANT énonce l’impératif catégorique (2ème formulation) : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais comme un moyen ». Une personne n’a pas un prix (une valeur relative) mais une dignité (une valeur absolue, sans équivalent). Celui-ci justifie la gratuité du don d’organe, l’interdiction de faire un commerce des produits du corps (les gamètes, la gestion pour autrui).

    5. La neutralité axiologique de la science : Comme le souligne Max WEBER notamment dans sa conférence sur « la vocation de savant » (1919), la science n’examine pas la valeur morale de ses recherches. Elle se contente du « comment » et n’examine pas le « pourquoi ». Elle manifeste une neutralité axiologique (elle ne formule que des jugements de faits, non des jugements de valeur).

    6. L’éthique de la « non-recherche » : Jacques TESTARD (1er « bébé-éprouvette »), dans l’œuf transparent, 1986, s’oppose à cette conception classique qui affirme la neutralité de la recherche scientifique. Seules les applications techniques devraient être acceptées ou refusées en fonction de leur intérêt ou danger. TESTARD, lui, appelle au contraire le chercheur à réfléchir au sens de ses recherches et à s’arrêter si nécessaire. il le renvoie à sa conscience morale. La recherche n’est pas neutre. C’est en amont de la recherche qu’il faut opérer des choix éthiques, et non se contenter de refuser les applications. Il y a ainsi une responsabilité en amont, imputable au chercheur, le mieux placé.

    7. L’heuristique de la peur : Dans le Principe Responsabilité, 1979, Hans JONAS souligne l’incapacité des éthiques traditionnelles à nous orienter face au pouvoir apocalyptique de la technologie, du fait de l’ampleur des conséquences que nos actes peuvent avoir. Il ne s’agit donc plus d’être responsable de nos actes passés, mais de nos actes à venir, en veillant à préserver la nature pour les générations futures. Il faut donc être responsable face à ceux qui n’ont pas encore de droits (ils n’existent pas encore). Il n’y a plus de réciprocité droit / devoir. Cette responsabilité face à une nature vulnérable est comparable à celle des parents face à leur nourrisson. Cela suppose d’envisager le pire, la catastrophe (heuristique de la peur), et de refuser les technologies dangereuses (éthique du moratoire)

    8. HUXLEY, Le Meilleur des Mondes, 1932 : Dans son roman futuriste, HUXLEY imagine une société dans laquelle la reproduction serait entièrement contrôlée par les hommes, afin de produire des êtres parfaitement adaptés à leur fonction sociale.

    9. Y a-t-il un droit à la vie ? Au départ, cette expression était utilisée contre le droit de vie et de mort des Etats totalitaires. Désormais le droit à la vie concerne les embryons avant leur naissance, et aussi le droit à la mort pour ceux qui souhaitent bénéficier de l’euthanasie. Il s’agit donc dans ce sens de rabaisser la technique, de limiter la volonté humaine de maîtriser la nature. Mais peut-on faire des vivants des personnes, des sujets de droit ? Les embryons, animaux, plantes … ne parlent pas, et ne peuvent être défendus que par des associations humaines.

    10. Les animaux ont-ils des droits ? La nature a-t-elle des droits ? Le problème : remise en cause du statut métaphysique et éthique de l’homme. Le problème est que ni la nature ni les animaux n’ont de devoirs. Or, le devoir fonde le droit et le droit oblige à des devoirs.

      1. ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1ère partie : la pitié, « répugnance », mouvement inné de répulsion devant le spectacle de la souffrance de tout être sensible, est commune à l’homme et aux animaux. La sensibilité, le refus de faire souffrir, unit hommes et animaux.

  2. Le sens de la vie :

    1. Quel est la meilleure vie ? Les Anciens Grecs s’interrogeaient sur ce qu’était la « vie bonne », et hiérarchisaient les types de vie. De manière générale, la vie « contemplative », consacrée à l’étude, est jugée supérieure à la vie active.

      1. La vie vertueuse : Pour SOCRATE et PLATON, la meilleure vie est la vie vertueuse. Il faut maîtriser ses désirs pour être heureux.

      2. ARISTOTE distingue dans l’Ethique à Nicomaque trois sortes de vie : la vie de jouissance, inférieure à la vie active, elle-même inférieure à la vie contemplative. Comme celle-ci est inaccessible à la plupart des hommes, ARISTOTE préconise la vie « prudente », mélange de vie active et contemplative. La prudence (phronésis) est cette qualité qui permet de délibérer correctement sur ce qu’il faut faire.

      3. L’hédonisme : Pour EPICURE, le bonheur est dans le plaisir. Mais tous les plaisirs ne sont pas à satisfaire : il faut hiérarchiser les désirs.

    2. Le mythe d’Er le Pamphylien : A la fin de La République, X, le récit d’Er décrit la réincarnation des âmes : après la mort, chaque âme doit choisir une nouvelle vie, chacune étant responsable de son choix. Dans la plupart des cas, les âmes choisissent en fonction de leur vie antérieure. Ulysse, épuisé par ses épreuves, choisit la vie d’un homme privé (sans fonctions politiques). La pratique de la philosophie permet de résister à la séduction de la richesse et du pouvoir, et de faire le meilleur choix.

    3. La mort : Faut-il craindre la mort ?

      1. EPICURE : Dans sa Lettre à Ménécée, EPICURE montre que la mort n’est pas à craindre, puisqu’elle est absence de sensation.

      2. SOCRATE : Dans l’Apologie de Socrate et le Phédon, SOCRATE explique que la mort n’est pas à redouter car elle libère l’âme des désirs du corps, et lui permet de se consacrer à sa vocation, l’étude de la vérité.



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