On a voulu desorienter les co-psy !








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date de publication10.04.2017
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ON A VOULU DESORIENTER LES  CO-PSY !
Identifiés socialement comme des artisans du devenir des autres, les conseillers d’orientation-psychologues ont, semble-t-il, bien du mal ces derniers temps à imaginer le leur.

Dans la rue depuis mars pour dénoncer leur transfert aux Régions, les co-psy ont dû attendre début juin pour retrouver leur affectation d’origine. Parce qu’enfin il est arrivé. Qui ça ? Ben, Sarkozy ! Lui, le patron de la Grande Maison, le voilà qui s’impose comme négociant habilement au profit de la Grande Boutique. Fallait quand même y penser : Sarkozy chez les COP ! Et fidèle à sa réputation toute récente, le voilà qui rassure !

Ouf ! les co-psy resteront au service de l’Education nationale.

Née dans la philanthropie laïque, l’Orientation, institutionnellement, voit le jour en France en 1921, d’emblée rattachée au sous-secrétariat d’Etat à l’Enseignement technique. Dès les origines, les textes officiels qui régissent l’activité des conseillers d’orientation sont en lien étroit avec la formation professionnelle. Celle-ci est littéralement leur raison d’être. Mais, aujourd’hui, ils vivent encore sur une reconnaissance acquise dans le courant des années 70. Belle époque il est vrai pour les services d’orientation. Création de l’O.N.I.S.E.P., multiplication des centres d’information et d’orientation, accroissement important du nombre des conseillers d’orientation. Et tout cela pour contribuer d’abord à une bonne gestion de l’orientation des jeunes à leur sortie du collège, avec comme point d’orgue la difficile popularisation des B.E.P. Aux conseillers d’orientation de trouver les mots justes pour le dire, dans un langage de dialogue garant de leur autorité morale et professionnelle. Et puis, ils ont leur grande faiblesse : la « psychologie de l’orientation ». Faut pas y toucher à celle-là, même si personne ne sait vraiment ce que c’est, peut-être savoir raconter les métiers aux enfants.

La formation professionnelle des jeunes, et des moins jeunes, a beaucoup évolué depuis les années 70, les conseillers d’orientation le savent mieux que quiconque. Dans leurs pratiques, ils en ont assez peu tenu compte.

C’est ainsi que les co-psy déploient une très grande partie de leurs activités dans les collèges où ils participent notamment à la mise en oeuvre d’un processus d’orientation pourtant assez peu défendable, car particulièrement redoutable et pervers pour les enfants de la France d’en-bas !

Des réformes dans l’Education nationale il y en a eu de nombreuses. Est-ce si sûr ?

L’une des réformettes de ces vingt dernières années a eu pour effet de changer la dénomination de plusieurs baccalauréats. Bac A ? Bac B ? Bac C ? etc… Qu’est-ce que vous voulez que les gens y comprennent ? Un changement s’imposait donc. A devenait L comme « littéraire », B devenait ES comme « économique et social »… et ainsi de suite. Et les B.E.P. ? C’est pour eux que des « responsables » de l’Education nationale, soudain secoués, sous l’emprise probable d’un brainstorming, purent imposer des appellations douteuses : le « P.M.U. » (productique, mécanique, usinage), le « R.O.C.-S.M. » (avec contre-indication pour les fragiles de l’oreille), le très ambitieux « Métiers de la Comptabilité » avec un « s » à métier s’il vous plaît, et tant d’autres. Mais pourquoi voulez-vous que ces gens-là, promis à un enseignement professionnel dit « court », aient besoin de comprendre ?

 Dans la rue, il n’y a pas que des manifestants ! Il y a aussi des élèves. Ce n’est pas vraiment nouveau, mais là avec les grèves, ils peuvent y être légalement, au moins sans peur et sans reproche. Et ça se passe juste au moment où on voulait supprimer les « allocs » aux parents des élèves absentéistes, du moins ceux de longue durée, comme on le dit du chômage, et que l’Education nationale s’apprêtait à pourchasser ou à rayer des listes. Parce qu’il y aussi l’absentéisme ordinaire, ben oui il existe, mais on ne peut que le constater tellement il est ordinaire. Notamment, mais pas seulement, dans les lycées professionnels. Avec les grèves, de ce point de vue, les élèves se retrouvent tous égaux.

S’il est un domaine qui connaît une grande inflation dans l’Education nationale, c’est bien celui des statistiques. Tout particulièrement pour faire état des conséquences des différents processus d’orientation, sous forme de taux de réussite, ainsi que de palmarès. Et, s’ils le veulent bien, les co-psy ont vocation à produire les leurs, lesquelles viennent parfois contredire certains bilans d’autosatisfaction.

Pour l’exemple, extraites d’un travail d’observation, voici quelques brèves données, lesquelles pourraient être étoffées utilement. Il s’agit du relevé des notes moyennes obtenues (notes sur 20), dans un collège de ZEP, dans quatre disciplines, par l’ensemble des élèves de Troisième orientés vers un BEP.


Année

Français

Mathématiques

Langue vivante

Histoire-Géo

1994

7,3

5,5

8,2

6,8

2002

7,1

5,3

6,3

8,8



N.B. 1 : dans la tradition française, les résultats sont présentés avec des dixièmes voire des centièmes de point

N.B. 2 : se rappeler qu’il s’agit là de notes moyennes et donc que nombre d’élèves obtiennent des résultats encore bien inférieurs
Souvent tues, ou admises, ou volontairement méconnues, ces notations humiliantes infligées à la plupart des élèves qui ne continueront pas leurs études en classe de seconde de lycée constituent une violence dont on mesure toujours insuffisamment les effets, dans et hors l’école. En particulier, parce qu’elles viennent discréditer complètement dans leur statut d’élèves grand nombre d’adolescents connaissant tout à la fois des difficultés de vie importantes, dans leur famille, dans leur quartier...

Pour autant le vécu de ces jeunes, littéralement de la France d’en-bas au moins scolairement parlant, s’est-il foncièrement aggravé ? Je laisserai à d’autres, dans des analyses plus approfondies, le soin d’apporter des éléments de réponse. Mais, à la lecture du petit tableau, on s’aperçoit que…en 1994 déjà ! Et avant ? Dans les années 1950, dans certaines écoles, moins de 50% des enfants étaient présentés au certificat d’études. Et dans les années 1930 ? La Ligue de l’Enseignement dénonçait à longueur de congrès le fait que de très nombreux enfants, près de 50 ans après les lois Ferry, ne fréquentaient pour ainsi dire jamais l’école. Il faudra attendre 1938 et la création des allocations familiales pour assister à un renversement de tendance. La mise en place d’un enseignement agricole y contribuera aussi, utilement.

Sans vouloir sous-estimer les avancées dont peut légitimement se prévaloir l’Education nationale en matière de scolarisation, il faut bien constater que pour les laissés pour compte, toujours les mêmes socialement, cela continue à faire mal, très mal. Pour punir les cancres, on a abandonné les coups de règle sur les doigts, mais les sanctions infligées aujourd’hui laissent des traces bien plus douloureuses. Ce qui est le plus nouveau semble-t-il c’est que ces « zéros » de l’école parviennent à s’émanciper à peu près complètement des règles de l’institution. Pour tenter d’échapper à l’humiliation qu’ils subissent au gré des observations et des notations, la plupart de ces néo-cancres se moquent du monde et d’abord de celui qui est scolaire. Ils n’en portent pas moins les stigmates des souffrances répétées des années durant. Faire reconnaître et condamner ces violences-là, ces humiliations, doit devenir une exigence de la société française de ce début de XXIème siècle. Les co-psy sont bien placés aujourd’hui pour mener, avec d’autres, y compris les enseignants mais pas seulement eux, une action résolue. Pour initier ce juste combat, tout aussi important que l’abolition du bizutage, une suggestion : que l’on ouvre les portes du collège, du lycée professionnel… à un Raymond Depardon. Si tant est que le sujet l’inspire, il pourrait nous proposer comme une suite à ses « Délits flagrants », au pays des enfants de Jules Ferry.

A l’interne, les co-psy doivent s’interroger en urgence sur la nature et le contenu des prestations que doit proposer un service public d’information et d’orientation rénové, eux qui en sont les principaux acteurs. La formation professionnelle qui offre aujourd’hui des certifications à tous niveaux : CAP, BEP, bac pro, licence professionnelle doit redevenir leur domaine de compétence privilégié. Elle inclut certes les lycées professionnels, les différentes voies de l’alternance, mais aussi la V.A.E. (validation des acquis de l’expérience) et les possibilités offertes par les programmes européens, notamment le programme LEONARDO. Il y a beaucoup à faire. L’approche de cette formation professionnelle doit être entièrement reconsidérée. Pour donner un sens nouveau, acceptable et crédible à l’Orientation, les services dispensés par les C.I.O. pourraient, à l’avenir, ne plus du tout concerner les enfants mineurs. Il ne s’agit aucunement, en proposant cela, de restreindre les prérogatives des co-psy ou d’insister sur le caractère dangereux des orientations, mais d’entrer en cohérence avec une autre exigence : accorder la majorité aux jeunes dès 16 ans ainsi que le proposait dans son programme un certain candidat aux élections présidentielles.
Claude Pernin

C.I.O. de SETE

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